Orrefors : quatre designers, quatre manières d’habiter le verre

Orrefors : quatre designers, quatre manières d’habiter le verre

 

Orrefors hors vitrine

Fondée en 1898, Orrefors est implantée dans le sud de la Suède, dans la région du Småland, un territoire historiquement marqué par l’industrie du verre. Le village d’Orrefors s’inscrit dans ce que l’on appelle le Glasriket — le « royaume du verre » — aux côtés de sites comme Kosta, Boda ou Åfors. À l’origine, la manufacture produit du verre utilitaire, dans une logique artisanale et industrielle typique de la fin du XIX siècle scandinave.

Le tournant décisif intervient au début du XX siècle, lorsque la verrerie commence à collaborer avec des artistes et designers formés aux arts décoratifs. Dès les années 1910–1920, Orrefors s’éloigne progressivement d’une production strictement fonctionnelle pour développer un langage plus ambitieux, à la croisée de l’art et de l’industrie. La reconnaissance internationale arrive rapidement, notamment lors des grandes expositions universelles et des salons d’arts décoratifs, où le verre suédois s’impose par sa sobriété, sa maîtrise technique et son refus de l’ornement gratuit.

Cette notoriété a longtemps reposé sur le verre d’art : pièces uniques, techniques complexes, signatures fortes. Pourtant, parallèlement à cette production prestigieuse, Orrefors développe tout au long du XX siècle une autre ligne, moins spectaculaire mais tout aussi structurante : des objets pensés pour l’usage domestique, intégrés à l’architecture intérieure, produits en séries maîtrisées et destinés à une diffusion internationale.

C’est cette double identité — verrier d’art et éditeur de design — qui fait la singularité d’Orrefors. Si le verre artistique a largement façonné l’image de la maison, une part essentielle de son histoire s’écrit dans ces objets conçus pour être utilisés, déplacés, habités. Des pièces où le verre n’est pas une démonstration, mais une présence.

Ce sont ces objets-là, inscrits dans le quotidien et non dans la vitrine, que l’on retrouve chez certains designers majeurs de la maison. Quatre d’entre eux permettent d’en lire les variations les plus significatives : Carl Fagerlund, Nils Landberg, Leek et Olle Alberius.

Carl Fagerlund — Le verre comme élément structurant

Carl Fagerlund (1915-2011) occupe une place à part dans l’histoire d’Orrefors. Il n’est ni un verrier expérimental ni un artiste au sens muséal du terme. Il est avant tout un designer industriel, au sens noble du mot, et c’est précisément ce qui fait son importance.

Son travail se concentre sur la masse, la densité, l’équilibre. Le verre est épais, souvent coloré — rubis, ambre, fumé — et fréquemment associé au laiton. Les proportions sont stables, ancrées, presque architecturales. Dans le cas des luminaires, la lumière n’est jamais agressive : elle est filtrée, contenue, mise à distance.

Chez Fagerlund, le verre ne cherche pas à se faire remarquer. Il structure l’espace. Il dialogue avec le sol, avec les murs, avec les volumes environnants. Ces objets sont pensés pour durer, pour accompagner un intérieur dans le temps, sans dépendre d’un effet décoratif immédiat.

Cette approche explique leur stabilité sur le marché et leur facilité d’intégration dans des intérieurs très différents, du modernisme des années 60 aux espaces contemporains plus épurés.

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PIED DE LAMPE CARL FAGERLUND ROUGE RUBIS POUR ORREFORS

LAMPE SCANDINAVE XL EN VERRE CARL FAGERLUND POUR ORREFORS 1960

LAMPE SCANDINAVE EN VERRE BLEU CARL FAGERLUND POUR ORREFORS 1960

 


Nils Landberg — La ligne avant la matière

Nils Landberg (1907-1991) adopte une démarche presque opposée. Là où Fagerlund travaille la masse, Landberg privilégie la ligne. La matière s’efface au profit de la tension, de la verticalité, de la proportion.

Ses pièces reposent sur une extrême maîtrise du dessin. Le verre devient un trait dans l’espace, une présence légère mais exigeante. Rien n’est démonstratif. Tout repose sur l’équilibre entre plein et vide, sur la relation avec la lumière naturelle, sur la précision du geste.

Ces objets ne s’imposent pas immédiatement. Ils demandent un regard attentif, un espace qui leur laisse respirer. Leur force réside dans cette retenue. Ils ne cherchent pas à capter l’attention, mais à accompagner l’espace avec discrétion.


Chez Landberg, habiter le verre, c’est accepter qu’il ne soit pas un point focal, mais un élément de rythme, presque de silence, dans un intérieur.

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LAMPE SCANDINAVE EN VERRE SOMMERSO NILS LANDBERG POUR ORREFORS 1960

COLLECTION DE 5 VASES SCANDINAVES EN VERRE SOMMERSO NILS LANDBERG POUR ORREFORS

 


Gustaf Leek — Le verre comme objet assumé

Avec Leek (1923-1986), Orrefors amorce une évolution sensible de son langage formel, notamment dans les années 1960 et 1970. Le verre gagne en liberté. Les formes s’assouplissent, les couleurs s’affirment, l’objet revendique davantage sa présence.

Il ne s’agit pas d’une rupture brutale, mais d’un glissement progressif. Le verre ne se contente plus d’accompagner un usage ; il devient un objet à part entière, capable d’exister seul, sans support narratif ou fonctionnel immédiat.

Cette période marque un moment charnière : Orrefors s’éloigne d’une stricte sobriété fonctionnelle pour explorer un registre plus expressif, sans jamais tomber dans l’excès. Les pièces de Leek restent maîtrisées, équilibrées, mais elles assument pleinement leur dimension décorative.

Elles témoignent d’une adaptation aux nouveaux usages domestiques et à une relation plus libre entre objet et espace.

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LAMPE SCANDINAVE GUSTAF LEEK EN VERRE EGLOMISE DORE ORREFORS 1960

 


Olle Alberius — La sculpture domestique

Olle Alberius (1926-1993) pousse encore plus loin cette autonomie de l’objet. Son travail se situe à la frontière entre sculpture et usage. Les formes deviennent plus abstraites, parfois plus radicales, tout en conservant une relation directe avec l’espace domestique.

Chez Alberius, le verre n’est plus simplement contenu ou dessiné : il occupe. Il affirme une présence, souvent frontale, mais jamais gratuite. Chaque pièce est pensée comme un volume capable de dialoguer avec un intérieur minimal, contemporain, parfois brutaliste.

Cette tension entre art et usage est centrale. Les objets d’Alberius ne cherchent pas à être expliqués. Ils existent par leur forme, leur équilibre, leur capacité à cohabiter avec d’autres matières — pierre, bois, métal — sans perdre leur autonomie.

Ils trouvent aujourd’hui une résonance particulière dans les intérieurs contemporains, où l’objet isolé, choisi, remplace l’accumulation décorative.

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PIED DE LAMPE SCANDINAVE EN VERRE TRANSLUCIDE OLLE ALBERIUS, ORREFORS 1970


Quatre écritures, un même principe

Ces quatre designers ne relèvent pas d’une même esthétique, ni d’une même génération, ni d’un même rapport à la forme. Pourtant, un principe commun les relie : le refus de l’effet.

Chez Fagerlund, la présence est construite par la masse.
Chez Landberg, par la ligne.
Chez Leek, par l’expression maîtrisée.
Chez Alberius, par l’abstraction.

Dans tous les cas, le verre est pensé comme un élément de l’espace, non comme un simple support décoratif. Il ne s’agit pas de séduire immédiatement, mais de s’inscrire dans la durée.


Pourquoi ces objets restent actuels

Si ces pièces continuent de fonctionner aujourd’hui, ce n’est pas par nostalgie ou par effet de mode. C’est parce qu’elles ont été conçues pour dialoguer avec l’espace, indépendamment des styles dominants.

Elles s’accordent naturellement avec des matières minérales, des enduits à la chaux, des bois bruts, des métaux patinés. Elles n’imposent pas un décor, elles s’y inscrivent.

Cette capacité à traverser les époques tient à une conception rigoureuse du design : une attention portée aux proportions, à la lumière, à l’usage réel. Des qualités qui ne vieillissent pas.


Principales collaborations de designers avec Orrefors

  • Simon Gate
  • Edward Hald
  • Vicke Lindstrand
  • Edvin Öhrström
  • Sven Palmqvist
  • Ingeborg Lundin
  • Nils Landberg
  • Carl Fagerlund
  • Gunnar Cyren
  • Olle Alberius
  • Anne Nilsson
  • Erika Lagerbielke
  • Lena Bergström
  • Ingegerd Råman
  • Björn Dahlström
  • Claesson Koivisto Rune
  • Andreas Engesvik
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